• Document: Rosny et le Japon qui s ouvre
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Rosny et le Japon qui s’ouvre Patrick Beillevaire En ce 2 décembre, nous avons le choix des commémorations : celle du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte ou celle de la résistance républicaine manifestée par le jeune Léon de Rosny, âgé de quinze ans — il est né en avril 1837. Durant ces journées troublées, selon le témoignage de son ami Désiré Marceron, il imprimait avec d’autres écoliers des bulletins « non » pour faire obstacle aux ambitions du prince-tyran. L’insuccès de cette résistance l’aurait dégoûté de la politique, et il est vrai que l’on ne trouve pas de profession de foi politique dans son œuvre, même s’il resta attaché au régime républicain et aux idéaux progressistes et rationalistes qui s’accordaient avec son spiritualisme maçonnique, et par ailleurs avec un soutien aux prémisses de l’expansion coloniale. L’œuvre savante à laquelle il allait se consacrer est essentiellement un travail de lecture, de déchiffrement du génie propre à chaque civilisation ou nation, celles de l’Extrême-Orient tout spécialement, avec pour conviction qu’il existe une « corrélation intime et nécessaire entre tous les éléments de l’univers ». Comme il le formule à l’âge de vingt-sept ans, la recherche érudite visait, selon lui, à reconstituer la « mosaïque infinie de la création », afin de « rattacher à un même principe et à des corollaires identiques les conditions essentielles d’existence de tous les êtres » (Études asiatiques de géographie et d’histoire, 1864, p. XII). La bibliographie de Léon de Rosny est imposante et d’une vertigineuse diversité ; sa carrière d’enseignant, et plus encore d’organisateur de sociétés et d’éditeur, d’une effervescente densité. Mais c’est sur son seul travail de japonisant, axe central de sa carrière et de son œuvre, que je me concentrerai ici. En très peu de mots, j’en rappelle les débuts. On sait la précocité intellectuelle de Léon de Rosny. À l’âge de quatorze ans, en sus d’une formation de relieur-typographe souhaitée par ses parents, il se passionne pour la botanique, guidé par Adrien de Jussieu. Mais son professeur particulier d’algèbre et de géométrie, Charles de Labarthe — qui bientôt fondera avec lui la Société d’ethnographie — éveille son intérêt pour la Chine et ses philosophes. Abandonnant les sciences, il suit alors, à quinze- seize ans, une grande variété d’enseignements à l’École impériale et spéciale des langues orientales et au Collège de France. Le sinologue Stanislas Julien le pousse à entreprendre l’étude de la langue japonaise. Commence alors pour Rosny un méticuleux et fort productif travail de rassemblement des connaissances acquises par les Européens sur cette langue. Les travaux des sinologues intéressés avant lui par le Japon, Julius Klaproth, Jean-Pierre -1- Abel-Rémusat, sont de peu de portée pour son projet, même s’il profite des ouvrages chinois ou chinois-japonais de leurs bibliothèques, comme de celle de Stanislas Julien, dont il dit dans un hommage posthume en demi-teinte qu’il ne rechignait jamais à prêter livres ou manuscrits. Très vite, également, il délaisse les grammaires et vocabulaires des jésuites João Rodriguez ou Diego Collado, jugés par lui inutiles pour lire la littérature japonaise, car dépourvus de « signes idéographiques » (Rapport à S. Exc. le ministre d’État sur la composition d’un dictionnaire japonais-français-anglais , 1862, p. 22). L’aide la plus précieuse lui est fournie par les travaux de trois savants européens : l’Allemand Philipp Franz von Siebold, qui a passé six ans à Nagasaki, un autre Allemand, Johann Hoffmann, nommé professeur de chinois et de japonais à l’Université de Leiden en 1855, et l’Autrichien August Pfizmaier, ces deux derniers étant redevables à Siebold et comme Rosny des orientalistes de cabinet. Il noue avec eux des relations personnelles. Il saura aussi tirer parti du dictionnaire de Gochkiévitch ou des travaux de missionnaires, comme Charles (Karl) Gutzlaff, qui étaient en contact avec des Japonais. Son Introduction à l’étude la langue japonaise , sous-titrée Résumé des principales connaissances nécessaires à l’étude de la langue japonaise , publié dès 1856 — il n’a que dix-neuf ans, deux ans avant les premiers traités commerciaux signés avec le Japon —, puis la tenue du premier cours de japonais à l’École des langues orientales à partir de 1863, peu après la visite de la première ambassade shôgunale en France, font incontestablement de Rosny un pionnier des études japonaises en Occident. En 1868 est créée une chaire de japonais dont il devient le titulaire. Malgré les nombreux exercices, manuels ou lexiques de japonais qu’il publie à la fin des années 1850 et au cours des années 1860 — publications qui visent à former ceux qui sont maintenant appelés à se rendre

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